mardi 7 avril 2015

naissances



          C'est incroyable  ! Il n'y avait rien, il y a peu encore. Que la terre nue. Et soudain, tous ces pointements, ces saillies, ces sorties, ces éclosions. Comme si de la terre avait jailli, inattendus, des germes fruit d'obscures et souterraines fécondations. Elle se soulève, elle s'entrouvre et déverse à passion une vitalité retrouvée, turgescences s'épandant à foison en une végétation colorée, fragile et fugitive, marquée au sceau de l'impermanence. Une chorégraphie sensuelle pour un sacre du printemps.




vendredi 3 avril 2015

la pivoine arbustive



Dans le silence

entre les arrivées des invités

les pivoines

(Yosa Buson, 1716-1783)

*

Elle est si jolie.

Pourquoi lorsque s'achève le printemps,

est-elle la première à nous quitter ?

(in Le Pavillon aux pivoines,
Opéra classique chinois Kunqu)




lundi 16 mars 2015

On abat de grands corps



Dans la forêt sans heures
On abat un grand arbre.
Un vide vertical
Tremble en forme de fût
Près du tronc étendu.

Cherchez, cherchez, oiseaux,
La place de vos nids
Dans le haut souvenir
Tant qu'il murmure encore.

Jules Supervielle





jeudi 5 mars 2015

la forêt fantôme



De l'étang asséché

surgissent les anciens troncs

comme fossilisés




Une tranche d'histoire

le sol craquelé

une coupe ancienne réglée



les souches dessouchées

un cimetière en plein air

momies en devenir






lundi 23 février 2015

Rosées



L'humidité de la nuit
s'est imprégnée dans la toile
à la fois rugueuse et propre
pénétrant au cœur des fibres
puis les molécules glissent
et s'accumulent formant
des gouttes éblouissantes

Michel Butor, Rosées




lundi 16 février 2015

en campagne


Tu marches le plus possible dans l'herbe

évitant boue et ornières




Les flaques gelées




à droite et à gauche, la glaise retournée

pas encore des sillons

sèche, revêche




tu grimpes le coteau 

te retournes

appréhendes l'horizon



Il y aura bien sûr des arbres

un noyer solitaire 

au milieu des guérets



 puis d'autres

en parure hivernale

lichénisés

vibrant dans la lumière




un arbre mort squelette dans le vent




un séquoia rescapé 

dans un ancien parc

où un instant tu t'égares




puis tu reviens sur tes pas

le soleil dans le dos face au vent

d'un après-midi d'hiver.


















jeudi 12 février 2015

Les pins



" Quand les Anciens peignaient les arbres, ils les représentaient par groupes de trois, cinq ou dix, les dépeignaient sous tous leurs aspects, chacun selon son caractère propre, et mêlant leurs silhouettes irrégulières dans un ensemble vivant au plus haut point.

" Ma méthode pour peindre les pins, les cèdres, les vieux acacias et les vieux genévriers est de les grouper par exemple par trois ou cinq, en combinant leurs attitudes : certains se dressent d'un élan héroïque et guerrier, certains baissent la tête, d'autres la relèvent, tantôt ramassés sur eux-mêmes, tantôt campés bien droit, ondulants ou balancés."

Les propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère, Pierre Ryckmans, Traduction et commentaire de Shitao, Plon, 2007. Chapitre XII, Forêts et arbres.